Musique – OrelSan.

Je sors de ma zone de confort « Damien Saez » pour parler de musique, pour évoquer un artiste ayant sorti son troisième album il y a quelques semaines : OrelSan.

20171109_222436.jpg
CD et DVD (Julie G.)

OrelSan, pour ceux qui ne connaissent pas encore bien le personnage, est un rappeur originaire de Caen, révélé au grand public lors de la sortie de son premier album Perdu d’avance en 2009. Cette sortie est entachée par la polémique du morceau sale pute publié uniquement sur internet, mais dont les paroles violentes choquent et soulèvent l’opinion publique. Deux ans plus tard, OrelSan revient avec un album qui marque la musique française, Le chant des sirènes ouvre grand les portes, exit les anciens scandales, le rappeur frappe fort et s’impose jusqu’aux Victoires de la musique où il est récompensé à deux reprises : meilleur album de musiques urbaines et révélation du public.

ORELSAN
Droits réservés

♦ Le chant des sirènes, la claque rap.
Cet album compte tellement de morceaux marquants si bien qu’il est largement devenu un classique, un sacré coup de maître aussi.
Pour moi cet album à quelque chose d’ultra lucide, réaliste, très « les pieds sur terre » dans le contexte du succès et du show-business, en gardant toute l’ironie, la plume acérée un peu cassante et franche de OrelSan. Au fond on sent dans les textes qu’il sait jouer différents personnages, développant ainsi différents points de vue, donnant alors un album multi-voix. OrelSan est à la croisée des chemins, entre la persévérance de l’âge adolescent et le réalisme foudroyant du monde adulte, l’arrivée dans l’univers de Paris après la province. Il entrechoc deux mondes dans une qualité d’écriture de haut niveau, marquée de riches références générationnelles, une setlist cohérente où les thèmes se répondent ou se lient un minimum. Il se sert d’un univers très marqué, futuriste, messager d’un tout, pour passer son message. On a le sentiment que si adulte et adolescent se croisent dans ce disque, ils s’ignorent pour laisser parler plus encore ce qui sera développer à la suite par Casseurs Flowters, à savoir la jeunesse et ses désillusions. Le vrai pas, la vraie confrontation est encore à attendre quelques années. OrelSan préfère jouer des rôles.
Avec ce second disque, OrelSan répond à ce qui a marqué la polémique autour du titre déjà évoqué via un son d’introduction assez explosif, RaelSan dont le clip est un clin d’oeil évidemment à V pour Vendetta, sonne comme une mise au point sans filtre, permettant également de faire un état des lieux au moment de la sortie du disque, du but de l’artiste, ce qui donne la ligne directrice de la suite du disque d’où sa place en tête d’album évidemment. Tour à tour les morceaux parlent du succès avec les dangers de la réussite, des relations amoureuses sans grand sérieux, des textes plus légers à d’autres plus sombres, des projets dans la musique… Plusieurs titres en ressortent, Le chant des sirènes dépeint l’ascension et la réussite jusqu’à l’excès, retranscrivant bien les contrastes du succès : le sentiment d’amour, même d’ultra-amour autour d’une célébrité qui évolue vers d’autres choses quand cette dernière par dans le mauvais sens. Les hauts et les bas du succès et l’impact sur celui/celle qui en bénéficie, d’une certaine manière, le titre me fait penser, dans un tout autre registre, à Le chanteur de Daniel Balavoine. La terre est ronde est jugée très consensuel, je le trouve vraiment bien, certes ce n’est pas un rap acharné mais le message reste dans le style d’OrelSan et puis le refrain sonne tellement bien, hyper motivant. D’autres titres se détachent, racontant chacun tour à tour une histoire, 1990 est un voyage musical dans le temps en se jouant morceau de rap « rétro », et comme une battle freestyle, 2010 qui suit répond sans complexe à son aînée. Le titre Si seul est un immanquable du disque, bien que traitant d’un thème vu et revu dans l’art et la chanson, OrelSan arrive à l’adapter à l’ennui, l’incompréhension, ne cherchant pas forcément à trouver une solution mais à dépeindre le flot des humeurs, des émotions qui traversent un être. En conclusion arrivent trois titres majeurs. Ils sont cools en forme de teasing des aventures des Casseurs Flowters qui suivront ce disque, remet en avant la complicité du duo OrelSan/Gringe, leur compatibilité d’écriture, de flow. Mais le tour de force de cet album, réside peut-être dans un morceau extrêmement puissant tant sur le fond que la forme, Suicide Social. Le texte débité a une allure folle montant en crescendo, est un long adieu d’un personnage décidé à mourir, lâchant ses dernières « belles » pensées du monde qui l’entoure. A travers un flot de « haine » exprimé par différents clichés sur la société, le flow d’OrelSan monte en crescendo dans la vitesse, mais aussi dans le ton puisqu’il termine presque en criant, crescendo donc qui mène jusqu’à un coup de pistolet final qui nous laisse abasourdi.

Le chant des sirènes est un album efficace, sérieux et parfois irrévérencieux, contestataire et politiquement correct, messager d’une culture des années 1980-1990 affirmée mais ancré dans son temps par la conscience d’écriture d’OrelSan. La force de ce disque est d’entremêlé la fiction, l’art d’une histoire à la crédibilité d’une part de réalisme, un brin biographique. Si Raelsan dépose un message brut, de reconquête, extravagance d’un super-héros de la musique prêt à en découdre parce que « c’est nous l’futur », le disque tout entier n’hésite pas à juger, raconter une époque et une génération.

# RaelSan
# Plus rien ne m’étonne
# La terre est ronde ♥♥♥
# Suicide social
# Ils sont cools
# 1990 ♥♥♥
# Le chant des sirènes
# Si seul ♥♥♥

La fête est finie est annoncé par la sortie en radio du titre « Basique » rapidement mis en image par le clip qui annoncera la sortie officielle du disque. Ce troisième album arrive près de 6 ans après Le chant des sirènes, mais OrelSan n’est pas resté inactif.

599194-gringe-et-orelsan
OrelSan et Gringe (Droits réservés)

Déjà annoncé, notamment sur la tournée et à la date de Paris fin 2012, il collabore avec Gringe, dans leur groupe Casseurs Flowters, pour la réalisation d’un premier album. OrelSan et Gringe sont les Casseurs Flowters sort fin 2013 s’en suit la série Bloqués à partir de 2015 puis le film Comment c’est loin la même année.

Pour regarder tous les épisodes de Bloqués en clair et gratuitement c’est par ici : Chaîne YouTube « Bloqués ».

A travers cette série, ainsi que leur groupe de rap, le duo exploite amplement les personnages un peu glandeurs, sans grand avenir et qui attendent que quelque chose se passe. A travers cette mise en scène humoristique et inspirée de leur propre vie, ils livrent un tableau exagéré d’une certaine jeunesse perdue, dont les repères ne fondent plus un avenir serein, des rêves convenables mobilisant leur motivation. Les deux personnages sont exagérés, et opposent une naïveté teintée de fulgurances pour Orel (j’avoue que parfois, j’ai l’impression de voir Perceval de Kaamelott) à un cynisme doux et révolté pour Gringe. Cette opposition dans l’ennui ne fait pas que des étincelles, au contraire elle arrive même à se retrouver sur la même longueur d’onde … sur un canapé. On attend que le temps passe, on discute dans l’immobilisme. Heureusement le duo sait aussi montrer la force de la détermination, la possibilité de s’extirper d’une condition en n’hésitant pas à peindre les faiblesses des êtres jusqu’au bout, avant de transformer cela en force. Dans la même veine, leur film accentue amplement cette démarche.

phpThumb_generated_thumbnailjpg
Droits réservés

♦ Comment c’est loin, le rap au cinéma.
Le film reprend le speech du premier album des Casseurs Flowters, à savoir 24h pour écrire une chanson complète. Ils réalisent la Bande-son du film en livrant plusieurs morceaux qu’ils reprendront en tournée. Dans les plus réussies, A l’heure où j’me couche, Inachevés et Si facile, qui transcrivent assez justement le message du film. J’aime bien Wonder cash pour son punch, son instru et le fait qu’elle soit un peu à part dans l’histoire, elle illustre une scène dans le dit magasin mais n’est pas totalement liée à l’intrigue du film. Une chanson ironique, humoristique qui apporte une parenthèse de fraicheur, dansante.
Assez vite, on découvre que le groupe n’a jamais fini une seule chanson en 5 ans, depuis leur passage sur un freestyle en radio. Leurs producteurs lancent alors un ultimatum, une chanson, sinon tout est terminé. Le déroulé des 24h permet de traiter à la fois la question de la création artistique et celle d’un destin qu’on s’imagine et qu’on attend sans forcément prendre conscience qu’il faut agir pour arriver à ce qu’on imagine. Les deux personnages centraux, qui forment un duo fonctionnent en commun dans une collocation, dans leur projet de rap, les nuits qu’ils passent à l’hôtel où travaille Orel… Mais sont aussi en opposition dans leur appréhension du proche monde, Orel travaille, a une copine même si ce n’est pas tout à fait le monde dans lequel il souhaite évoluer. On sent qu’il est autant porté par son projet, sa passion du rap que retenu par la crainte de se lancer véritablement. De son côté Gringe ne travaille pas, est instable dans ses relations amoureuses, et joue un peu un rôle aux côtés de Orel pour le projet de rap, on a le sentiment qu’il est déjà convaincu que ça n’ira nulle part alors il le fait plus peut-être pour s’occuper. Aussi, cet ultimatum fait un peu tomber les masques, petit à petit pour que sous cette flemme apparente sorte entièrement la flamme qui les anime. C’est aussi une manière de jouer le destin, ce tout ou rien pousse à choisir si c’est le moment d’abandonner ou d’y croire. La scène de prise de conscience permet de livrer la chanson à la fois nécessaire à ce choix, et est aussi une forme de lucidité, ils ne se voilent plus la face enfermés dans une routine, mais prennent leur destin en main. « I am the master of my fate: I am the captain of my soul. »
Dans la forme, le film joue entièrement avec le mélange réalité-fiction, puis que l’histoire est en partie auto-biographique, fait accentué par les acteurs et noms des personnages Orel, Gringe, Casseurs Flowters, Skread, … , le décor urbain de la ville de Caen où les deux rappeurs ont passé leur adolescence. Gringe montre déjà sa capacité de jeu, en étant assez doué pour jouer la colère notamment. Son personnage domine un peu celui de Orel, en ayant de l’assurance, il sait parler, tourner à son avantage les situations même si on sent que cela lui sert de carapace, de masque à un certain malaise. Orel a peut-être un côté plus naïf,  plus éteint, peut-être est-il lui conscient de sa situation, il se voile moins la face et est plus abstrait, absent de sa propre histoire. Concernant toutefois ce qui sommeille en lui, c’est son désir d’exulter le rap, le sortir de son ventre. Il y croit plus sérieusement que Gringe, même si ce dernier partage ce rêve. J’ai aussi trouver le personnage d’Orel plus triste, effet de jeu ou volonté sérieuse, je ne sais pas mais cette tristesse douce est plutôt flagrante. Les images livrent une histoire où il ne se passe pas grand chose, montrant ce quotidien routinier, ces personnages « qui ne foutent rien » avec une forme de simplicité, comme si on captait un instant de la vie en témoin et non par le prisme de la caméra. Ce ressenti permet sans doute de faire un film sincère, qui ne se présume pas au-dessus de son histoire mais la sert en modestie, pour en faire une fable moderne et urbaine, d’une histoire vieille comme le monde, accomplir un rêve.

Bande-annonce : C’est par là !

# Si facile
# A l’heure où j’me couche ♥♥♥
# Quand ton père t’engueule
# Inachevés ♥♥♥
# J’essaye, j’essaye
# Wonder cash

DKVY6XOWAAID5pd.jpg large
Droits réservés

♦ La Fête est finie mène la danse.

Sortie donc le 20 octobre, il devient très rapidement disque d’or puis disque de platine en une semaine. La tournée est annoncée dans la foulée, les dates de Caen, Paris et Lille sont complètes à une vitesse folle, une deuxième date parisienne est programmée. OrelSan fait donc un retour réussi … et explosif.
Cet album est un peu lié au précédent, comme le dit lui-même l’artiste dans le premier titre et en interview, en gardant toujours cet effet de lucidité ou de maturité, mais est teinté d’une certaine mélancolie, nostalgie d’un âge qui s’éloigne. OrelSan a 35 ans, et on sent donc qu’il parle peut-être à et de l’adolescent qu’il était à Caen quelques années avant, il semble répondre à OrelSan version Perdu d’avance. Il mélange à la fois ce qu’il est depuis le début, dans son « rôle » d’artiste et rappeur, à l’adulte dans la vie, l’amour, la société en allant jusqu’à poser aussi les pensées d’un être analysant ces deux facettes. Il poursuit aussi son positionnement sur certaines thématiques, ne renonce pas au volet contestataire de son œuvre mais y mélange les interrogations et doutes profonds de l’humain qui grandit. Là aussi, comme pour l’album précédent, plusieurs titres ont le potentiel de devenir des morceaux majeurs. Évidement, le titre sortie en amont de la sortie de l’album, est sans doute le premier classique du disque. Basique, s’il bénéficie d’une instru très rythmée, dansante, le texte est teinté d’ironie sur son but, revoir les bases « parce que vous êtes trop cons ». OrelSan fait son retour sur un morceau qui mélange son franc-parler, sa touche d’humour et l’écriture réaliste. Pas le morceau le plus important du disque, mais efficace et porté par un clip complètement dingue, très bien réalisé.
D’autres morceaux sont comme le résultat d’une introspection, OrelSan se retourne sur lui-même dans des titres comme San, ouverture du disque qui établit la situation, plus proche des doutes, angoisses et interrogations de Aurélien derrière OrelSan, le masque tombe après avoir été porté en étendard sur l’album précédent. En un sens, cette trilogie d’albums pourrait peut-être être comprise comme un voyage initiatique artistique pour mener jusqu’à la bonne version de soi-même. Je m’explique. Le premier disque, Perdu d’avance, pose les bases du style OrelSan, du personnage, il façonne le masque OrelSan en développant ce qui fera son univers. Le second disque assume le rôle, Le chant des sirènes est l’avènement de l’artiste pur et dur. C’est sans doute pour ça que celui-ci a un tel impact lors de sa sortie, OrelSan joue franc jeu, livre un disque qui assume les zones d’ombre, les touches d’humour, les profondeurs de l’être et la place que celui-ci peut avoir ou difficilement avoir dans la société. San arrive enfin comme une longue libération de l’honnêteté,  on brise le masque pour montrer ce qu’il y a derrière la scène, les enjeux de la création, des attentes des faits de la réalité. San est comme une longue lettre à l’être, mais dont le destinataire est à la fois, OrelSan lui-même, et un peu son public. La particularité de ce dernier disque est de s’ouvrir sur cette chanson tournée sur soi-même, puis de se fermer sur un titre ouvert aux autres à travers l’adresse à l’adolescent qu’OrelSan était. Notes pour trop tard  s’adresse à quelqu’un de plus jeune, OrelSan plus jeune à n’en pas douter. Le morceau en 7 minutes fait le tour des conseils, constats qu’on peut avoir avec le recul sur sa jeunesse, voir ce qu’on a pas vu à l’époque, et sert alors de conclusion intelligente au voyage initiatique de la trilogie. Le temps qui passe fait ouvrir les yeux, à travers l’introspection personnelle on sent également la volonté de transmettre, de croire qu’en écrivant maintenant à la génération qui l’écoute il peut peut-être lui permettre de passer l’âge adolescent d’une meilleure manière. De le faire en ayant conscience. Cette démarche d’écrire à son passé n’est pas nouveau dans l’art, et cette année, un autre artiste s’est lancé dans cette exercice écrit, Damien Saez a en effet rédigé Lettre à mes 16 ans publié sur son site Culture Contre Culture.
Dans cette thématique de l’adresse à l’enfant, Tout va bien est un long mensonge pour cacher la dureté du monde aux yeux d’un enfant, ce texte m’a tout de suite fait penser au film de Roberto Benigni La vie est belle. L’instru très douce, et le fait que Stromae est produit le morceau se ressent énormément, d’ailleurs on sent aussi la proximité avec son style personnel à lui, même dans le sujet. Cependant, même si c’est un mensonge, le texte est plutôt optimiste et encourage l’innocence de l’enfance, c’est une forme de bienveillance sur l’avenir.
L’album globalement montre un OrelSan qui veut sortir de lui-même, de son côté sombre et parfois défaitiste. D’autres morceaux continuent la setlist avec brio, Dans ma ville on traine véritable éloge tendre de sa ville dans l’ambivalence des sentiments « j’la déteste autant que j’l’aime », est aussi le tableau de son adolescence côté copain et côté famille, d’où l’attachement sentimentale. Lorsqu’il parle de Caen, il la raconte par la distance puisqu’il vit à Paris, par ses souvenirs personnels et familiaux, révélant l’attachement qu’on peut avoir pour les lieux dans lesquels on a évolué. Peut-être aussi parce qu’il y a une nostalgie de la vie passée, en écho à San où il explique écrire sur une ville où il ne vit plus, où il explique aussi être perdu, aussi Caen pourrait être un point de repère stable. Zone est un morceau très rap américain avec un featuring de Nekfeu. La Pluie est le morceau que je préfère actuellement, un véritable bijou porté par le refrain de Stromae tirant de l’optimisme dans quelque chose de « chiant » … Ça sent un peu la métaphore selon laquelle qu’importe le décor tant qu’il y a quelque chose dans l’âme, dans le coeur, et puis l’instru au saxophone apporte une telle élégance. Les titres Zone, Dans ma ville on traine, La pluie ont en commun de traiter le décor, ce qu’on en tire en tant qu’être au milieu, la manière dont on peut construire quelque chose parce qu’on le veut, malgré une barrière de lieu, une barrière de décor. Au fond, comme s’ils montraient que c’est la volonté de l’individu, sa passion, qui mène à quelque chose, qu’importe le projet, qu’on peut s’extirper d’un endroit qui ne correspond pas. Toujours sous l’oeil du morceau San, le disque continue d’explorer le doute, les interrogations, les petits bonheurs qui se cachent derrière l’artiste, avec la présence affichée et assumée de l’amour. La lumière témoin d’une rencontre, laisse encore entrevoir l’être seul d’une part et le « je » qui devient « nous » d’autre part, arrivant peu à peu dans la chanson. Un titre où toutes les caractéristiques de la solitude « seul » « peur » « froid », viennent s’anéantir contre « la fille qui va changer [sa] vie ». En second souffle, Paradis est désormais tournée vers le « elle » et la vie du « nous » laissant sur le côté les tourments de la part sombre de OrelSan, on sent là une parenthèse, une bulle qui pose les bases de l’adulte, du devenir adulte. Si le disque interroge le fait de grandir, projetant quelques désillusions, la stabilité est totalement installée par ces deux titres, comme deux arrêts sur image dans une immense scène plus « fouillis ».
Enfin, deux morceaux plus tournés vers le style décontracté de OrelSan, comme un dernier sursaut de ce qu’il éparpille dans chaque album, à savoir des titres portés par l’amusement, moins sérieux que le reste. Bonne meuf. Christophe, qui serait le plus amusant de l’album, peut-être aussi le moins cohérent avec le reste, je ne suis absolument pas fan de Maitre Gims, mais l’instru encore ici est complètement dingue et porte totalement le morceau. Sous ses airs pas sérieux, le texte évoque le thème politique de la France réactionnaire, en citant plusieurs artistes français faisant « d’la musique de Noirs » le tout enrobé dans l’ironie.

Ce disque accentue ce qui fait la force d’OrelSan, une plume joueuse des mots, des rimes, rempli de phrases coup de poing, un style globalement efficace, une production pointue et recherchée avec son complice de toujours Skread mais aussi Stromae, et des instru vraiment dingues. Mais au-delà de la qualité de réalisation globale, le disque est sans doute une immense interrogation sur lui-même, laissant alors entrevoir l’ensemble des petites particules dans la tête de l’artiste. Son regard sur lui-même au moment présent, mais aussi sur celui du passé qu’il semble tenter de laisser tout en recherchant à le retrouver aussi. L’album La fête est finie est une immense émotion ambivalente entre l’adieu au jeune homme et l’accueil de l’adulte, deux visages d’un même être qui se font face, se concurrencent à un instant charnière de la vie. Longue prise de conscience ? Peut-être, mais c’est aussi la lecture à visage découvert de l’homme derrière le personnage, on ne joue plus on assume tout. La fête n’est pas finie, au contraire elle continue de plus belle, non vraiment, tout va bien.

L’album étant sorti récemment, il n’y a pas encore beaucoup de morceaux clippés.
# Basique
# La pluie ♥♥♥
Tout va bien
# San
# Notes pour trop tard ♥♥♥
# Paradis
# Dans ma ville, on traine ♥♥♥
# Quand est ce que ça s’arrête ?

Mention toute spéciale pour la qualité des vidéos clips qui sont souvent assez dingues, plusieurs sont d’ailleurs visibles via les liens de cet article. le clip étant de plus en plus important, ici OrelSan les utilise en véritable extension de son univers, des morceaux et ils lui permettent de mettre en scène de manière poussée toutes les tonalités en place dans ses albums.

OrelSan fait parfois grincer des dents certains puristes du rap ou ceux qui justement le considèrent trop rappeur. Je trouve qu’il a su inventer son style, oser là où la bien séance s’est parfois imposée, même dans la vulgarité de certaines paroles on perçoit peut-être un amusement, une liberté aussi. Si cela ne laisse pas indifférent, c’est aussi parce qu’en contre partie OrelSan lance des morceaux plus fédérateurs, abordant des thèmes quasi universels sur les doutes personnels, la situation de la société, le monde de la musique. Il sait tendre même vers des morceaux plus « commerciaux » mais terriblement efficaces, qu’on ne les blâme absolument pas, au contraire on les écoute. Au-dessus comme un point d’orgue de son travail, sa plume qui arrive tantôt à partager des colères, constats, contrastes et contradictions, des passions, émotions et rires, et tantôt quelque chose de simplement poétique, bien rythmé et rimé, le savoir-faire presque miraculeux de la punchline. OrelSan sait par ses textes rappeler aussi que le rap est un art des mots sur les biens et les maux, une composition écrite qui demande d’avoir le secret des mélanges, de l’association des sons, du mariage des syllabes. De temps en temps ça fait aussi du bien de voir des artistes qui participent à rendre plus accessible des genres musicaux parfois encore considérer comme en marge pour certaines personnes. Et puis toute façon c’est simple, OrelSan est tellement cool !

Julie G.

 


5 réflexions sur “Musique – OrelSan.

  1. Merci pour cette présentation d’Orelsan, pleins de choses que je ne savais pas… J’avoue ne pas beaucoup écouter ce qu’il fait, mes collègues adorent son dernier album il faudrait que je l’écoute… Tout ce que je sais de lui c’est que c’est un vrai geek, un peu comme Eminem…

    Aimé par 1 personne

    1. La série Bloqués est vraiment très bien ! Son 2e album a été une grosse claque, je pense que le dernier qui est sorti doit encore mûrir un peu pour être au dessus ou au même niveau. Mais il est de qualité. Et Gringe est dans Carbone qui est sorti récemment au cinéma, lui a vraiment un énorme potentiel d’acteur ! Il sort aussi son album solo début 2018.
      J’aime bien son côté geek ça me rappelle quand je lisais les magas genre Naruto et One piece, où ceux plus anciens de la génération de mon frère.

      Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup !
      La série et le film sont vraiment sympa ! Il y a quelque chose d’hyper touchant, parce que même si c’est quand même en partie fictif, on se sent encore plus proche d’eux, surtout pour le film. La série est bien drôle et créé vraiment deux style de personnages … J’ai eu de beau fous-rires devant en tout cas !
      Merci pour ton commentaire et tes compliments 🙂

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s