Portrait de culture #13 – Moi, vulgarisatrice de l’histoire de l’art.

Après un mois de janvier plutôt calme au niveau des publications … Voici le premier Portrait de 2019 ! Cette année, comme je l’ai envisagé, les publications de portrait ne seront plus mensuelles mais plutôt bimestrielles.

Ce treizième portrait est celui d’une rencontre qui se fait à travers internet, de blog à blog, de instagram à instagram … bref à travers les réseaux sociaux, mais qui est de ces rencontres pleines de vérité, de fun et surtout très enrichissante.
On glisse du côté de l’art, mais d’une manière un peu différente. Avec Anna N. et son Art Vulgaris c’est l’art raconté comme une discussion où chaque artiste semble être un ami … Vincenzo, Doudou, Michou et tous les autres. C’est revisiter la forme, glisser des rires et construire un fond impeccable, fort de connaissances. Un coup de coeur personnel et en tant que lectrice, c’est la découverte de Edward Hopper, la redécouverte de Van Gogh … On se lance dare-dare (d’art-d’art) !

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Anna N. (Anna N.)

Bonjour Anna, merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à quelques questions ! Pouvez-vous nous dire quelques mots à votre sujet pour commencer ?
Mais avec plaisir ! Merci beaucoup pour tes questions !
Je m’appelle Anna, je suis française – Normande pour être exacte – et j’habite à Genève. J’ai 26 ans, je travaille dans le marché de l’art et c’est plutôt sympa. Je suis auteure via mon site Art Vulgaris dont le but est de vulgariser les grands thèmes de l’histoire de l’art afin que ce soit moins chiant pour tout le monde.

Nous allons parler d’art ensemble. Comment est né votre intérêt pour l’art ? Quelle place occupe-t-il dans votre vie ?
Je dirais qu’il y a eu deux étapes. La première est une sensibilisation petit à petit par mes parents, grands amateurs d’art et collectionneurs de petites pièces en faïence, porcelaine, bibelots en tout genre. Je me souviens aussi d’un peintre – je devais avoir 5-6 ans – qui était venu dans notre classe de CP pour présenter son métier, il nous avait montré les pigments du bleu Klein (le fameux IKB) et c’est un de mes premiers souvenirs.
La deuxième étape est venue beaucoup plus tard. Après un Master en droit des affaires à la Sorbonne, j’ai décidé que c’était suffisant pour passer pour quelqu’un de sérieux, et je me suis dirigée vers un Master mélangeant le Droit et l’Art. J’ai toujours été intéressée par les milieux artistiques, que ce soit le théâtre, l’opéra, la danse, les musées… Dans ce Master, j’ai rencontré des gens qui s’intéressaient réellement à l’art et qui n’étaient pas trop chiants, je me suis dit que j’allais me pencher sur le sujet. J’en ai donc fait mon métier parce qu’il faut bien faire un choix.

Votre métier est lui aussi lié au domaine de l’art, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
Je travaille dans une galerie d’art depuis deux ans, à Genève. Nous sommes deux collaboratrices, la galerie marche plutôt bien. Nous représentons des artistes contemporains locaux. C’est pas mal. Auparavant, j’ai effectué mon stage de fin d’études dans les enchères. C’est à ce moment que j’ai décidé que je resterais un bon bout de temps dans ce milieu. On voit de belles choses à longueur de temps, les gens que l’on côtoie sont passionnants, et les journées ne se ressemblent pas. Bien sûr, il y a aussi des désavantages à ce type de métier : moi qui n’aime pas vraiment les mondanités, je dois tirer mon épingle du jeu par d’autres moyens, et beaucoup de choses sont assez aléatoires, que ce soit les coups de coeur des clients ou les revenus…
Malgré tout, les gens qui bossent dans l’art sont sensibles de manière générale, et assument le côté ‘superflu’ de leur passion. On ne sauve pas de vies, on n’aide pas vraiment les gens, on ne fait pas avancer l’humanité, il faut être honnête. Mais je suis convaincue que sans l’art, sous toutes ses formes, que ce soit la musique, la littérature, le cinéma, la peinture, la cuisine, le paysagisme, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Donc finalement hein…

Quelles œuvres / quels artistes / quels mouvements vous plaisent le plus ?
Je n’ai pas vraiment de préférences. Je me considère plutôt comme une spectatrice de ce milieu artistique, des oeuvres, de leur évolution. J’adore Dufy et Van Gogh évidemment, mais le fait que je baigne dans l’art toute la journée impose une certaine distance avec mes propres goûts. Et surtout je pense que tout est appréciable dans l’art.

Avez-vous le sentiment que cet intérêt pour l’art vous apporte quelque chose de particulier ?
Oui, l’autre jour, j’ai gagné au Trivial Pursuit. Et sinon, cet intérêt pour l’art m’a poussé à trouver ce métier, pas mal de mes amis, pas mal de mes occupations, et je m’émerveille tous les jours de quelque chose de nouveau. Ça fait très niais de dire ça mais franchement, c’est vrai.

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Aperçu du site internet « Art Vulgaris »

Nous allons parler ensemble de votre site internet « Art Vulgaris », pouvez-vous nous en faire une présentation ?
Ce petit site est né en janvier 2018, j’y écris un article de vulgarisation d’histoire de l’art un mercredi sur deux, c’est un certain rythme. Quand on arrive sur le site, il y a plusieurs tableaux, et en cliquant dessus, on a la biographie revisitée de son auteur, avec des anecdotes sympathiques et beaucoup de galéjade. Le but est de présenter des courants de l’histoire de l’art, des artistes, des oeuvres, de manière légère et décontractée.

Comment vous est venue l’idée et l’envie de créer ce site ? Quel était l’objectif ?
Il y a plusieurs raisons et un seul objectif.
Pendant mes études de droit, j’étais entourée de gens très sérieux, avec peu de second degré, le milieu était très élitiste. Pourtant, le droit est censé concerner tout le monde et devrait pouvoir être expliqué simplement à toute personne qui le demande. Spoiler : ce n’est pas le cas. Ce qui m’a choqué quand j’ai bifurqué vers le milieu de l’art, c’est que j’ai retrouvé ce même élitisme. Beaucoup de gens partent du principe que tout le monde les comprend et a les mêmes références qu’eux, et que ceux qui ne les maîtrisent pas sont des incultes. Retrouver cela dans le monde professionnel m’a découragé. J’ai donc décidé que c’était suffisant, et qu’il fallait faire quelque chose.
J’ai donc créé ce site pour que des notions ‘élitistes’ comme les grands peintres, les courants artistiques, les foires d’art deviennent accessibles pour un peu plus de monde et se dévoilent à des gens qui pensaient peut-être que ce n’était ‘pas pour eux’. J’ai la conviction que tout est fait pour tout le monde, qu’il suffit juste de bien expliquer les choses.

Votre site internet existe maintenant depuis 1 an, quel bilan pouvez-vous faire de cette expérience ?
Il faut savoir qu’outre le côté vulgarisation, le fait que j’ai trouvé ma ‘voie’ très tard pendant mes études m’a pas mal frustrée : j’avais déjà passé pas mal de temps à l’université, et je devais travailler pour des raisons financières – et aussi d’émancipation car y’a un moment faut foutre la paix aux parents -. Je n’ai donc pas pu poursuivre les études dans l’histoire de l’art, ça m’a saoulé. Ce site est donc aussi une manière pour moi de continuer à étudier de manière académique, mais en le faisant à ma manière. Et bien entendu, le partage de ces connaissances de manière légère est incomparablement plus intéressant que de réviser ses fiches à la bibli à 8h30 du matin. Je m’emporte un peu.

Vous utilisez un ton plutôt décalé pour traiter de sujets souvent très « sérieux », est-ce que ce décalage humoristique est un élément de votre envie de vulgarisation ou simplement une manière de témoigner peut-être de votre personnalité ?
Nicolas Boileau a dit :
“Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.”
Je suis d’accord.
Dans la ‘vraie vie’, j’ai le même ton avec mes proches, mais je suis quelqu’un de plutôt discret avec le reste du monde.

Quelles sont les réactions de vos lecteurs ? Ressentez-vous à travers cela une réussite de votre démarche ?
Raaaaaah les lecteurs. Déjà merci à eux ! A l’origine, j’avais vraiment créé ce site pour m’imposer une régularité dans l’apprentissage. Avec ce site, je devais me tenir à continuer à étudier régulièrement, pas juste apprendre par coeur des dates et des courants, mais les comprendre vraiment. Et quoi de mieux que d’expliquer à quelqu’un d’autre que soi quelque chose afin de se l’approprier ? Apparemment, les lecteurs sont contents et j’adore le fait de pouvoir échanger avec eux. Certains ne sont pas du tout familiarisés avec l’histoire de l’art et c’est encore plus enrichissant !

Comment choisissez-vous les artistes dont vous parler ?
Le site a un an, je n’ai pas fait énormément d’articles, le but est vraiment de reprendre les bases, donc je parle pour le moment des ‘grands artistes’, ceux qui sont bien connus. Pour choisir, je m’inspire de ce que j’entends autour de moi et de plus en plus des commentaires des lecteurs.

Vous avez beaucoup parlé de peintres pour l’instant, est-ce que vous entendez le mot « art » dans ce domaine essentiellement ou pensez-vous élargir vos publications ?
Ooooooh non, l’art est vraiment, mais alors vraiment beaucoup plus large que la peinture. Mais il fallait bien commencer par quelque chose, et la forme d’art que je croise le plus souvent dans ma vie quotidienne est sous forme de tableaux, donc je me suis dit qu’on allait commencer par là. En fait, c’est comme dans tous les domaines, il y a un angle d’attaque qui permet de parler d’un maximum de notions, pour pouvoir affiner petit à petit.

Avez-vous déjà envoyé vos écrits à des revues spécialisées ou à des musées pouvant traiter d’un artiste dont vous parlez sur votre site ?
Paaaaaas du tout ! Je m’ennuie un peu quand je lis la plupart des revues spécialisées, il y a très peu d’efforts faits dans le sens de la compréhension et de la vulgarisation. Il y a deux types d’informations selon moi : celles pour tout le monde et celles pour les spécialistes. Et comme je ne suis pas spécialiste…

Cela vous plairait d’écrire régulièrement pour une presse spécialisée ?
Faut voir. Honnêtement, je suis passionnée par plusieurs domaines autres que l’art, et quand je souhaite m’informer des dernières évolutions, des informations les plus récentes, je me tourne beaucoup plus vers des blogs, des chaînes YouTube, des podcasts ou des sites de particuliers que vers des enseignes plus importantes et plus médiatisées. Les particuliers sont plus libres, plus précis, et le ton est personnel, c’est plus agréable à lire, en tout cas c’est l’impression que j’ai.
Pour s’informer de manière globale, la presse est utile, pour approfondir, on a besoin de particuliers qui le font par passion.

Qui dit art, dit aussi musée. Êtes-vous inspirée par ces lieux de culture ?
Absolument ! Je trouve l’idée du musée très noble, vouloir partager des oeuvres quelles qu’elles soient avec le public est une idée réjouissante.
Je m’inspire aussi beaucoup des foires d’art. J’ai la chance de pouvoir y aller dans le cadre de mon travail et en tant que spectatrice. Les galeries y présentent ce qu’elles ont de ‘mieux’ que ce soit contemporain ou non, c’est toujours très intéressant, bien que le but soit commercial.

Avez-vous d’ailleurs un musée favori ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Pas vraiment. Ils ont tous leur propre charme.
Le problème des musées est qu’il faut s’y déplacer. Je trouve l’idée des visites virtuelles très intéressantes. On pourrait passer un week-end au Louvre ou au MoMA tout en ne dépensant pas trop d’argent et en restant chez soi.
La question financière est très importante dans ma vision de l’art. Par exemple, passer un week-end à Paris est très cher et freine beaucoup l’accessibilité des oeuvres pour une grande partie des gens. Heureusement, notre époque débloque les choses. Il est évident que voir une oeuvre en ‘vrai’ n’est pas la même chose que de la voir en photo ou en réalité augmentée, mais si au moins je pouvais visiter virtuellement 3-4 musées avant de décider lequel j’ai le plus envie d’aller voir en vrai, ce serait du temps et de l’argent de gagné.

Quel a été votre plus forte expérience de musée justement en arrivant devant une œuvre d’art ?
Le MoMA à New-York, pour l’architecture, et parce que j’étais avec ma maman qui est fan de Rothko, et il y avait des Rothko. Elle était contente et moi je pouvais manger des burgers. Et admirer les Rothko. Mais à l’époque je n’y connaissais pas grand chose.
Autrement, quelque chose qui m’a touché récemment, c’est une petite coupelle en verre bleu, datant de 2000-3000 avant J-C, parfaitement conservée, à la BRAFA en janvier 2018. Ça me fait toujours quelque chose de savoir que cette petite coupelle a traversé les siècles sans égratignure, et qu’elle a été touchée par des mains de toutes les époques. Et c’est en verre. En VERRE. C’est fou. C’est un témoignage du temps qui passe, je trouve ça beau.

Regarder et parler l’art c’est bien, mais est-ce que vous vous êtes déjà essayé à peindre, sculpter, photographier … ?
Jamais ! Je laisse faire ceux qui ont du talent !

Outre le domaine de l’art, êtes-vous une « consommatrice » de culture (cinéma, musique, lecture …) ?
J’ai quelques problèmes pour me concentrer, comme beaucoup de gens, donc ce que je consomme le plus, ce sont des expos, des musées, des foires d’art, de la musique et des podcasts.

Pouvez-vous me donner votre définition de l’art ?
C’est une notion évolutive, qui appartient à tout le monde. Donc je pense qu’il y a autant de définition de l’art que de gens qui s’y intéressent.

 >>>>> ART VULGARIS <<<<<

Julie G.

→Relire les Portraits précédents :
Janvier 2018 : Moi, libraire jeunesse.
Février 2018 : Moi, médiateur culturel.
Mars 2018 : Moi, comédienne mais pas que …
Avril 2018 : Moi, président … d’association dans l’univers du jeu de rôle
Mai 2018 : Moi, professeure d’histoire
Juin 2018 : à venir
Juillet 2018 : Moi, co-créatrice de Loire_Only sur Instagram
Août 2018 : Moi, restaurateur de voitures anciennes
Septembre 2018 : Moi, guide-conférencière
Octobre 2018 : Moi, animateur culturel
Novembre 2018 : Moi, passionnée de photographie
Décembre 2018 : Moi, lecteur

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12 réflexions sur “Portrait de culture #13 – Moi, vulgarisatrice de l’histoire de l’art.

  1. Art Vulgaris jadooooore!
    Elle me plié en deux avec ses bios brindezingues, et en plus on apprend plein de choses. Mais j’ai envie de dire, maintenant faut se lâcher encore plus Anna. Allez un petit Duchamp, chauffe Marcel!
    Et merci Julie pour cette interview 👍

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