Cinéma – Joker.

Je sors à peine de la salle. Je suis assise sur le canapé d’une amie presque trop impatiente de vous en parler … je vous jette donc ça, comme ça sans trop y avoir réfléchi, sans avoir trop pensé.

Je n’ai jamais été fan des films considérés « violents », alors quand j’avais lu ça et là que Joker frôlait la violence gratuite je me suis inquiétée. Et puis je suis entrée dans la salle, je me suis installée dans mon siège et j’ai vu. J’ai vu, regardé. Et j’ai compris que ceux qui n’avaient lu que la violence n’ont probablement pas compris ce qu’ils regardaient. Ce n’est pas de la violence gratuite du cinéma de divertissement, c’est la violence qui engendre le drame. C’est le mal qui entre petit à petit dans Arthur, qui remonte lentement jusqu’à obscurcir l’ensemble. C’est vu d’en bas, et on continue à descendre jusqu’à l’avènement du Joker.

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Joker, Todd Philips

Je ne sais même pas par où commencer pour vous dire ce que j’ai aimé. Le rôle, les images et couleurs, les mélodies et musiques, le cheminement … ce Joker là est bien étrange, étrangement fou et pourtant parfois si clair. Le discours en direct à la TV n’est pas qu’une folie, c’est un mot fort sur la condition humaine. Il nous laisse alors certainement nous interroger, regarder autour, sans réponses absolues. Peut-être même que ce Joker a franchi l’écran, la page de comics pour ne pas être un simple personnage, pour être une figure, une représentation d’un esprit, d’un état d’âme et d’un profonde et brûlante douleur. Chaque coups, de l’injuste jeunesse à celle du père espéré et brisé, jusqu’à la vérité nue et crue de l’enfance et d’une mère révélée … chaque coups matérialisent la perte de Arthur et l’arrivée de Joker. Les rires, la danse sont peut-être même trop flamboyants pour laisser croire que la folie sans sens est l’explication. Ce Joker là part à la dérive avec le visage profondément humain alors qu’il dresse une façade maquillée entre lui et le monde.

Que dire des images … des intentions … de la ville si décor et si vivante et personnage … que dire de cette implosion de la ville, des gens sans même que cela soit le coeur de nos images, comme si nous ne pouvons que suivre Arthur et qu’à sa manière détachée de l’actualité, nous ne comprenons que ce qui se passe sans s’en être dans le flot. Que dire de Joaquin Phoenix ? Est-ce trop gros de le voir monter sur la scène des oscars ?

Il semble bien qu’aujourd’hui on ne veuille plus comprendre uniquement les héros. Il nous faut toute la palette des histoires, du plus lumineux des combats à la plus glaçante des chutes. Du personnage et de son contraire, de la souffrance sous toutes ses formes, belle ou horrible, source de force ou de fragilité. Joker est obscur mais à la lumière d’un cheminement, de ce qui construit et déconstruit une identité, qu’elle soit horrifiante quand on la regarde ou libératrice quand Arthur prend vie en Joker.

Julie G.


12 réflexions sur “Cinéma – Joker.

  1. Ton texte est bouleversant, et renvoie dans les cordes les vierges effarouchées par la prétendue violence gratuite affichée à l’écran. Mais de quelle violence parle t on en vérité ? Quelle est la nature exacte de cette violence que l’on ne saurait voir ? Est-ce celle du Joker éclatant la tête de ce pauvre type qui lui a fait des misères ? Est ce le triple meurtre d’une bande belles ordures qui se sentaient tout permis ? Ou plutôt est-ce celle des pouvoirs publics qui abandonnent les plus fragiles à leur triste sort ? Est-ce celle des mots si blessants lancés à la face défaites du pauvre Fleck ? Est-ce la violence des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire ? Pas si belles à entendre ? Est-ce la violence générée par la gronde populaire, la puissance terrifiante des masses en colère ? Qui peut le dire à part ces vierges effarouchées…

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    1. Je répondrais bien absolument tout ce que tu viens de mettre en mots.
      C’est je crois aussi le fait que ce grand méchant de l’univers comics vient de prendre vie, humainement et qu’il nous renvoie à la face toute cette violence qui semble parfois être celle de nos mondes … c’est un peu comme si on disait : regardez vous ? . On ne peut plus juste se dire « il est méchant c’est comme ça » en mettant une barrière entre le chevalier et lui … le film vient de faire du gris au lieu de laisser que noir ou blanc.

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    2. Je trouve ça dingue le contraste entre le moment où il s’entraîne pour aller à la tv, que globalement il est en équilibre entre ses crises de rire et son sa tristesse ET cette lucidité, totalement noire certes, lors du discours à la tv. C’est là qu’on se rend compte qu’il a trouvé son identité, il a arrêté ses médocs et dit lui-même qu’il existe.

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  2. C’est vrai, pour la première fois le Joker n’est plus un méchant de bande dessinée, mais un être meurtri par son passé, broyé par la cité (tu as très bien dit la puissance visuelle du décor choisi par Phillips pour sa Gotham), une carte mise hors-jeu mais qui réclame sa part comme les autres.

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    1. Ça me donne le sentiment pour la première fois d’un film en mode « cinéma indépendant » avec pourtant un sujet presque 100% blockbuster … c’est ça aussi qui est troublant !
      Et j’ai aussi le sentiment que le film va mûrir dans nos têtes, traîner dans le coin et faire réfléchir 🤔

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    2. Par rapport à la ville, je trouve qu’elle est aussi très réaliste … c’est pas un univers à mille lieux de nous, avec des personnes concrètes qui doivent se dépatouiller dans cette immense toile sombre. Honnêtement, je crois que ce film n’a pas cherché à épargner le spectateur, il lui jette le truc à la face en essuyant presque le fard du spectacle, du cinéma, la barrière de l’écran … le seul fard qui reste c’est celui du maquillage du Joker, autant dire la victoire du « désespoir » dans le contexte donné d’une vie/ville à la dérive.

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      1. Oui en fait j’ai bien aimé être dans cette situation, ce « malaise » parce qu’on nous mâche pas le travail de tel personnage c’est ça, tel décor c’est pour ça … on est seul face au ressenti, peut-être est-ce là que certains se sont sentis abandonnés et n’ont retenu que la première couche du vernis la fameuse violence dont on a déjà parlé.

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    1. Je m’éloigne peu à peu de ma séance au cinéma et je reste absolument convaincue que le film est incroyable.
      Merci pour ton avis et surtout d’avoir partagé un lien vers le mien 🙏

      Je ne connais que trop mal la filmo de Joaquin, mais j’ai beaucoup aimé l’homme irrationnel.

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